Conseils aux élèves de Terminale

Chaque année, au moment crucial où les élèves de terminale doivent choisir leur orientation, je reçois quelques courriels qui me demandent des conseils. Ce texte tente de rassembler certains des conseils que je donne à ceux qui m’écrivent, dans l’espoir d’une part de gagner un peu de temps en répondant à mes courriels, et d’autre part d’être utile à davantage d’élèves. Je me cantonne aux études scientifiques, les seules que je connaisse un petit peu, mais je crois que certains principes peuvent s’appliquer plus généralement.

Ce texte est amené à évoluer. Que vous soyez élève, parent, professeur, conseiller d’éducation, etc., je serai extrêmement reconnaissant si vous laissez un petit commentaire pour poser une questions supplémentaire, exprimer votre désaccord, ou apporter un complément d’information. Cela me permettra d’améliorer ce texte, et de donner à ses lecteurs des points de vue plus variés.

Argent comptant

C’est le moment d’exercer votre esprit critique. Tout ce que vous allez lire ne provient que d’une seule personne, et d’une unique expérience qui, même si elle est diverse, ne peut qu’être subjective. Vous allez faire des choix importants, cela vaut le coup de vous documenter. Demandez conseil à vos profs. Posez des questions au moment des journées portes ouvertes. Participez aux événements que votre lycée organise concernant l’orientation. Ne prenez rien de ce que j’avance pour argent comptant.

Ma petite histoire…

Lorsque j’écoute quelqu’un qui prétend me donner des conseils sur un sujet précis, j’aime bien savoir d’où il (ou elle) vient, ce qu’il a fait, et juger par moi-même s’il me semble qu’il est bien placé pour parler de ce sujet. Le monde ne manque pas de charlatans. N’hésitez pas à sauter cette section.

À la sortie de ma terminale S je suis rentré en classes préparatoires PCSI (“physique, chimie, sciences de l’ingénieur”) au Lycée Saint-Louis à Paris (septembre 1999). Un an plus tard, j’ai trouvé ma première semaine de PC* suffisamment déplaisante pour m’en aller, pour m’inscrire à l’université, en deuxième année de license de physique-chimie. Trois semaines plus tard, au moment de la rentrée universitaire (octobre 2000), je déchantai: je passais d’un extrême à l’autre en termes de niveau. Nouveau zig-zag : je décidai de revenir sur le chemin précédent en préparant les concours en candidat libre, tout en suivant les cours obligatoires à la fac pour “assurer mes arrières” au cas où je n’obtiendrais aucun école intéressante. Heureusement, je fus admis à l’École normale supérieure en physique. Mon master de physique (avec pas mal d’options en biologie) en poche (été 2003), je jugeai que ce qui m’intéressait vraiment (sur le plan du savoir pur) était la physique théorique, et que cela me dirigeai presque à coup sûr vers le milieu de la recherche, ce dont je n’étais pas encore sûr d’avoir envie. Je décidai de m’essayer à une autre discipline, et entamai en septembre 2003 un parcours en informatique (il faut dire qu’à l’École normale supérieure les enseignements sont un peu accélérés, donc je pus condenser trois années en deux, et obtenir un master d’informatique en deux ans). À ce stade (été 2005), armé de deux masters en physique et informatique, le moment était venu d’arrêter d’explorer des chemins à l’horizontale et de passer au stade supérieur (il faut également dire que les normaliens sont salariés, ce qui a le mérite d’ôter le poids de la nécessité de commencer à gagner sa vie rapidement). J’entamai donc une thèse en bio-informatique. Mais en parallèle, je lorgnais sur les métiers du logiciel, et en particulier sur la société Google dont la culture, l’esprit et les objectifs me semblaient me correspondre parfaitement. Je participai également à quelques projets de logiciels libres. Après un an de thèse, il devenait pour moi de plus en plus clair que je serais mieux à ma place dans une entreprise privée que dans le milieu de la recherche publique, et je commençai à passer des entretiens chez Google. Le choix était simple : soit j’étais embauché, sois je finissais ma thèse – Google était la seule entreprise qui m’intéressait vraiment. Je fus embauché, et je travaille chez Google depuis avril 2007 comme ingénieur logiciel. J’y suis extrêmement heureux et n’ai pas l’intention d’en partir de si tôt. Je consacre aussi pas mal de temps au dessin, à la musique, à l’écriture et à la photographie.

Que les choses soient bien claires: je ne conseille à personne de faire la même chose (surtout de partir en milieu de prépa pour travailler tout seul). Mais j’ai donné ces précisions pour montrer que j’ai pu acquérir un peu d’expérience dans différents milieux, la prépa et l’université, la physique, la biologie, l’informatique, le public et le privé.

La sélection

J’ai entendu au fil des années beaucoup de choses négatives sur la sélection. Mais elle est inévitable. Soit on retourne dans une société archaïque où les bien-nés deviennent les puissants, et où les autres n’ont aucune chance, soit on accepte le fait que la sélection par le mérite est le meilleur des moyens pour que les gens brillants puissent se hisser au sommet de la société même (et surtout) s’ils ne sont pas issus d’une famille favorisée.

La sélection doit donc avoir lieu à un moment ou à un autre. Elle n’a clairement pas lieu au bac, où le taux de réussite (toutes filières confondues) approche les 90%. Pour simplifier, on peut dire que dans le monde des classes préparatoires et des grandes écoles, la sélection a lieu deux ou trois ans après le bac (on peut choisir de redoubler sa deuxième année de prépa si l’on n’a pas pu intégrer l’école souhaitée la première fois), et que dans le monde de l’université, la sélection est croissante au fil des années.

La sélection ne s’applique pas uniquement au domaine des études. L’un des principaux mots d’ordre dans les départements des ressources humaines des grandes entreprises est de rechercher des candidats qui montrent sur leur CV qu’ils sont passés par des étapes sélectives. Il faut les comprendre : ces entreprises cherchent à embaucher les meilleurs, et n’ont que quelques heures d’entretiens d’embauche pour se faire une idée des candidats. De bons résultats dans des études sélectives, qui sont le fruit d’années de travail, sont une excellente source d’information.

Sélection et choix

Le diction est bien connu : il n’y a pas de sot métier. Mais il y a des métiers plus convoités que d’autres, d’où la nécessité de la sélection. Prenons par exemple le métier de boulanger et le métier d’astronaute. Il ne me semble pas que l’un soit clairement plus utile pour la société que l’autre. L’astronaute fait progresser notre savoir sur l’univers, ce qui est utile à toute la société mais en pratique, et au quotidien, pas à bien grand monde. Le boulanger crée un peu de bonheur concret chaque jour pour des centaines de personnes (qui n’adore pas l’odeur du pain chaud près des boulangeries ?). Il se trouve, cependant, que le métier d’astronaute est plus envié (et mieux payé, si c’est cela qui vous guide, mais l’argent me semble un bien mauvais guide…) que celui de boulanger, et que les astronautes ont dû passer par bien davantage de sélections que les boulangers.

Une règle simple et qui me semble en général assez juste : plus vous passez d’étapes sélectives, plus vous avez le choix. Si vous sortez de l’École normale supérieure ou de l’École polytechnique (les écoles françaises les plus sélectives), vous pouvez faire à peu près ce que vous voulez, après une courte reconversion, et à peu près à n’importe quel moment de votre carrière. Si vous sortez d’un cursus extrêmement spécialisé pour lequel la sélection est assez faible, il y a de fortes chances pour que vous exerciez le métier pour lequel vous avez été formé et pas un autre. Les reconversions sont bien sûr possibles, mais elles sont plus ardues ; pas nécessairement parce que vous êtes moins apte, mais parce que le système est fait ainsi.

Si vous avez la chance de savoir exactement ce que vous voulez faire, et que le métier en question n’est pas particulièrement convoité, foncez ! Vous êtes verni. Adieu la compétition acharnée, et les matières qui ne vous serviront pas plus tard.

En revanche, si vous êtes comme j’étais et comme sont tant d’autres qui, à 18 ans, ne savent pas encore trop ce qui les intéresse (quoi de plus normal ?), dites-vous bien que le degré de choix qui vous est offert est à peu près proportionnel à l’excellence de vos études. Voilà une bonne raison pour travailler. La stratégie qui, à mon sens, est la plus logique est donc de travailler au maximum dans les études les plus sélectives possible, et de vous spécialiser le plus lentement possible, jusqu’à ce que vous sachiez plus précisément ce que vous souhaitez faire : à ce moment-là, foncez et spécialisez-vous dans ce qui vous intéresse.

Prépa ou pas prépa ?

On annonce depuis longtemps un grand chamboulement du système français, un décloisonnement des grandes écoles et des universités, etc. Nous en sommes encore loin. Les études en prépa sont clairement plus sélectives, plus tôt. Pour un point final donné, il existe une probabilité raisonnable que l’on puisse y accéder par le chemin de la prépa comme par celui de l’université, mais le chemin universitaire sera plus long et plus laborieux, la prépa plus intense et plus directe.

Pour rester dans le thème “sélection et choix”, les études en prépa préservent davantage de choix, d’une part parce que ce sont des études jugées “meilleures” (à tort ou à raison) et plus sélectives par le système français, et de l’autre parce qu’elles sont moins spécialisantes.

La prépa, c’est difficile. C’est vrai. Il faut travailler beaucoup. Il y a un fort esprit de compétition. Mais en s’organisant correctement, on peut tout à fait combiner études en prépa et vie sociale normale. Amis, sorties, lecture, activités culturelles, il faut continuer de nourrir son esprit (à tout moment de la vie !), et cela peut au passage servir pour les disciplines littéraires (français, langues). J’ai connu beaucoup de mes meilleurs amis actuels en prépa. La compétition est rude, mais c’est une compétition saine et objective, basée purement sur le mérite et non, comme dans beaucoup de milieux professionnels et dans la vraie vie, biaisée par les réseaux de connaissances, le racisme (c’est malheureux à dire) voire la corruption. En prépa, c’est on ne peut plus simple : si vous êtes plus malin et travaillez davantage et mieux que les autres, vous serez premier, même si vous êtes en compétition avec le fils du directeur. Pas d’entourloupe.

La prépa est aussi un moment on l’on apprend à s’organiser, à travailler efficacement, à respecter des délais, à travailler en équipe. Toutes ces compétences vous seront extrêmement utiles toute votre vie, sans doute davantage que le contenu même des enseignements. On apprend bien sûr tout cela à l’université mais, à mon sens, beaucoup moins bien qu’en prépa.

À un ami qui ne saurait pas encore très bien ce qu’il veut faire, je conseillerais, dans la grande majorité des cas (il existe des parcours un peu à part, comme médecine), de choisir la prépa.

Le contenu des enseignements

“Les maths, ça sert à rien !”. Vu sous un certain angle, c’est vrai. Rares sont les métiers où l’on utilise plus d’une fois tous les cinq ans une notion apprise en prépa, ou même au lycée. Mais là n’est pas la question. Les enseignements au lycée ou en classes préparatoires sont là pour 1) apprendre à raisonner et à réfléchir, 2) assouvir une soif de connaissances sur le monde et 3) sélectionner les élèves.

Les résultats mathématiques eux-mêmes resservent assez peu dans la plupart des métiers, mais la démarche elle-même (un esprit constructif, positiviste, démontrer quelque chose rigoureusement, construire sa pensée, la démarche scientifique) est absolument cruciale, et les maths, la physique, etc., sont le meilleur moyen que l’on ait trouvé à ce jour pour apprendre cette démarche correctement.

Aujourd’hui, bien que je ne sois pas un expert en astrophysique ou en physique quantique, je peux dire que j’ai une idée raisonnable des phénomènes qui m’entourent, que je comprends à peu près d’où ils viennent et comment ils marchent, grâce aux enseignements que j’ai reçus au cours de mes études. Comme la plupart, je suis absolument ignorant quand on creuse un peu plus loin, mais j’ai au moins une base solide de points de repères. Il me semble que c’est important.

Enfin, la sélection (voir ci-dessus) doit bien s’effectuer sur quelque chose. Soyons heureux qu’elle puisse s’effectuer sur des savoirs objectifs comme la physique plutôt que sur la taille du porte-monnaie de vos parents.

Je n’y arriverai jamais !

C’est faux. Vous n’avez pas idée à quel point on peut monter vite et dépasser les autres si on se met à s’organiser et à travailler sérieusement. La moyenne des élèves travaillent beaucoup moins que ce qu’ils devraient, même en prépa. Si vous placez votre propre barre un peu plus haut et que vous avez suffisamment de volonté pour vous y tenir, vous vous surprendrez vous-même au bout de quelques semaines.

Si vous sentez que vous n’aimez pas travailler, que l’effort vous hérisse le poil, vous n’avez plus qu’à vous tirer une balle dès maintenant ! On n’arrive à rien de sérieux sans travail et effort, quelle que soit la discipline ou le métier choisi. Ne croyez pas ce qu’on vous montre à la télévision.

Le droit à l’erreur

Quoi que vous choisissiez, vous ne faites pas nécessairement un choix absolument définitif. Si mon parcours montre quelque chose, c’est qu’on peut se tromper, tâtonner, faire demi-tour. Les changements de direction et les reconversions seront d’autant plus faciles que vos études auront été sélectives, mais ils ne seront jamais insurmontables.

Il ne faut pas non plus prendre cela à la légère : vous allez faire des choix importants. Documentez-vous, réfléchissez, posez beaucoup de questions autour de vous. Mais si vous ne trouvez pas ce qui vous convient du premier coup, vous ne serez pas perdus à tout jamais.

Partagez !

Si vous avez trouvé ce texte utile, n’hésitez pas à le partager avec d’autres élèves, pour apporter (dans les commentaires) davantage de questions, et donc de (tentatives de) réponses et de points de vue. N’adoptez pas l’esprit de compétition trop tôt (je vais garder ces conseils pour moi tout seul, hin hin !).

Pour plus d’infos ou me poser des questions directement, vous pouvez jeter un oeil sur (et envoyer un message depuis) mon profil sur Google+.

Sincèrement, bon courage à tous.

Minuscule victoire contre l’opérateur O* après une longue procédure (ou : comment saisir le tribunal d’instance)

Conclusions:
* Quel que soit le nombre de lettres recommandées que vous envoyez, et malgré toutes les pubs qui disent le contraire, vous ne serez jamais qu’un numéro. Pareil pour les sociétés de recouvrement.
* La justice française (tribunal d’instance) marche plutôt bien pour ce genre de cas. Ils sont cordiaux, efficaces, et pas si lents que cela.
* Il faut commencer à parler procès pour se faire entendre (en tant que client) de ce genre de grande entreprise.

Voici le récit d’un petit différend que j’ai eu avec un opérateur de téléphonie mobile français que je ne citerai pas. Lecteur ordinaire, tu peux passer ton chemin car les rebondissements de l’affaire font pâle figure face aux séries d’espionnage américaines. Cependant, j’ose espérer que ces déboires, le fait de les relater ici et surtout d’exposer les documents (avec certains noms et adresses floutés) pourront aider les lecteurs eux aussi en conflit avec leur opérateur.

Les faits, donc.

J’étais depuis quelques mois l’ô combien heureux titulaire d’un forfait mobile auprès de l’opérateur sus-non-cité (clef internet 3G), avec un engagement de durée non encore révolu. Changement de programme dans ma vie professionnelle : je déménage en Suisse pour une durée indéterminée. Ledit forfait ne couvrant pas la Suisse, il ne serait donc plus très judicieux de ma part de continuer à payer une trentaine d’euros pas mois pour un service qui me serait totalement inutile une fois en Suisse.

Or, je crois avoir entendu dire qu’un déménagement à l’étranger est une cause légitime de rupture de contrat anticipée (ce qui est la moindre des choses). Ni une ni deux, je prends ma plus belle plume électronique et j’envoie la lettre suivante, par courrier recommandé (toutes les images sont cliquables pour voir une version pleine taille):

Je joins comme annoncé une copie de mon contrat de location à Zurich :

ainsi qu’une copie de mon billet de train. Quelques jours plus tard, je reçois l’accusé de réception:

et je pars donc la conscience tranquille.

Grave erreur. Je ne le sais pas encore, mais des factures continuent de me parvenir à Paris, à l’adresse de mes parents. C’est lors d’un retour à Paris pour un week-end que je m’en aperçois. J’envoie alors une lettre (en courrier simple) dénonçant une facture injustifiée :

Peine perdue. L’opérateur a bien des choses beaucoup plus importantes à faire que de répondre à ses clients, m’enfin, pensez-vous. Répondre à ses clients qui envoient des lettres (les salauds), ce serait un comble tout de même. Les factures continuent d’affluer. Bon, troisième courrier de ma part, à nouveau en recommandé :

Cette fois-ci je menace de saisir le tribunal d’instance si je continue à recevoir des factures. L’accusé de réception est bien en ordre:

L’opérateur reçoit donc bien mes courriers, mais doit sans doute les jeter à la corbeille immédiatement (“C’est quoi le recommandé ? —  Le courrier d’un client. — Ah bon. Poubelle.”).

Cette fois-ci ce n’est pas une nouvelle facture que je reçois en réponse, mais un “dernier avis avant poursuite” de la société “Recocash”. Ben tiens. Ils ont le chic pour trouver des noms poétiques ceux-là. Z’y-va que j’te recocash la gueule ça’a pas traîner t’vas voir.

Cette fois-ci je ne me fatigue pas à envoyer un énième courrier qui partira dans la même poubelle. Notez que “Recocash” ne donne aucun moyen de les contacter pour justifier ma situation — l’expéditeur de la lettre, Olivier Durand, est sans doute un monsieur bien trop important pour perdre son temps à répondre au téléphone. Non la seule issue est de payer, en appelant un numéro à quatre chiffres (temps d’attente gratuit, c’est trop d’honneur).

Le courrier suivant provient d’un troisième interlocuteur : “Intrum Justitia”. Bravo, je tire mon chapeau : si un jour je souhaite monter ma société et que je cherche un joli nom, j’irai à coup sûr voir les gens d’Intrum Justitia et de Recocash pour de bonnes idées. Le courrier, donc, se fait un peu plus menaçant :

Cette fois l’expéditrice, Andréa Lecomte, donne un numéro de téléphone où la joindre (euh, 24h/24? Tiens tiens). Aaaah. 0,15 euros la minute. Je préfère garder une trace, donc j’écris un nouveau courrier recommandé (c’est que ça coûte cher tout ça !) :

et je joins à nouveaux tous les documents justificatifs (je commence à connaître mon contrat de location par cœur, cela sera du plus bel effet dans les dîners lorsque je le déclamerai à voix haute). Accusé de réception… Ça va, la Poste, elle, marche bien.

Toujours pas de réponse à mon courrier… Je dois écrire à l’encre invisible sans m’en rendre compte. En revanche, deux semaines plus tard, un courrier un brin expéditif :

Remarquons au passage la mauvaise foi de la datation : le cachet de la poste est du 17.08.2010 tandis que la lettre comporte la mention “lettre mandat du 07/07/2010” (plus d’un mois auparavant ! Bonjour l’anti-datage). Et puis intimer l’ordre d’appeler “de toute urgence” un numéro à 0,15 euros la minute, ce n’est pas d’une courtoisie exemplaire. Bon, j’appelle, je tombe sur un standard automatique (tiens, c’est exactement le même numéro que celui de mon expéditrice ci-dessus, quelle coïncidence — à se demander si je serais réellement tombé sur Andréa Lecomte en l’appelant…) puis sur une personne dont la politesse n’est pas la première des qualités.

— Je vous ai envoyé un courier recommandé, et j’ai reçu l’avis de réception le 4 août dernier.

— Je vais vous demander de le refaire.

— Pourquoi ?

— Nous ne l’avons pas.

— Et pourquoi donc ai-je reçu un avis de réception ?

— Monsieur, il est perdu. Il faut le renvoyer.

— Bon. Comment puis-je savoir qu’il ne sera pas perdu la deuxième fois ?

— Vous le saurez, on vous le dira.

Bien, bien. À ce stade je crois avoir eu ma dose de mauvaise foi, et je ne crois pas qu’il soit vraiment utile d’envoyer encore un courrier recommandé. Les poubelles débordent.

Mais Monsieur Intrum ne m’oublie pas, le prochain courrier est “Saisine du tribunal”. Houlà.

Notons à nouveau la différence notable (près de deux mois) entre la date inscrite sur la lettre et le cachet de la poste. Bon. Je me résigne à payer pour gagner du temps. Je ne viens à Paris qu’assez rarement et je ne veux pas que mes parents soient embêtés par un huissier (même si je sens bien que cela n’est qu’une menace, je ne sais pas s’ils auraient ce droit).

Après avoir payé, je suis un peu découragé. Après tout toute cette affaire m’a déjà “coûté” en temps et en énergie bien davantage que la somme de départ. Est-ce bien la peine de continuer à y passer du temps pour récupérer cette somme ? Las, je suis tenté d’abandonner. Oh et puis non, c’est trop bête. Ces sociétés font leur beurre en misant sur le fait que leurs pauvres abonnés ne se donneront pas la peine de répliquer et tendront l’autre joue docilement. Pour le principe, je ne lâche pas.

Direction le tribunal d’instance. La procédure est assez simple : il s’agit de remplir un formulaire (cerfa n° 11764*03). Il faut également (même si je ne crois pas que cela soit indispensable) un exrait “Kbis” de la socitété incriminée (à obtenir ici, cela coûte quelques euros), et envoyer le tout au tribunal de la commune où est situé leur siège social. Quelques semaines plus tard :

Quel plaisir d’avoir un numéro de téléphone, et même un courriel pour communiquer avec son interlocuteur directement et sans surtaxe ! Pas de doute, voilà enfin un vrai service (public).

Je me présente le jour dit. Mon interlocuteur qui représente l’opérateur ne s’est pas déplacé (ben tiens), mais il est disponible au téléphone. Le conciliateur de justice compose le numéro… Suspense, va-t-on enfin découvrir s’il y a de vrais humains dans cette entreprise… Oui ! C’est la première fois depuis le depuis de cette affaire que j’ai l’immense honneur de pouvoir dialoguer de vive voix avec quelqu’un de cette société (les communications venant d’eux étaient jusqu’à présent consituées à 100% de factures).

J’explique mon cas. Mon interlocutrice, au demeurant très cordiale — c’est dingue ce qu’on peut obenir quand on commence à parler de tribunal — me demande de lui renvoyer les pièces justificatives. Avec un vrai courriel à son nom. Waouh, ça vaut de l’or. Je renvoie donc. Problème : le contrat de location n’est pas en français. Ben oui madame, c’est un appartement à l’étranger, et les étrangers ne parlent pas français, je m’excuse vivement pour leur inculture. Surtout qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait Normale Sup’ pour comprendre, avec l’en-tête du contrat (société nommée “* Immobilien”), l’adresse, le montant du loyer, les dates, etc., qu’il s’agit bel et bien d’un contrat de location et que je ne suis pas en train de les entourlouper.

Ah oui mais non, cela supposerait que l’opérateur considère que, jusqu’à preuve du contraire, ses abonnés sont de bonne foi. Et ça, vous pensez bien, c’est rigoureusement impossible. Peut-être auraient-ils pu répondre à mon premier courrier (ou à l’un des suivants) en expliquant le problème ? Ben non.

Je fournis donc une traduction (fournie gracieusement par Google Translate, merci madame vous auriez vous aussi pu faire “copier-coller” puis “traduire”). Et voilà. Ils m’envoient un “protocole d’accord” (stipulant que je clos l’affaire et que je ne les attaquerai plus, etc.), puis ils virent la somme sur mon compte. Je ne peux pas reproduire ici ce “protocole d’accord” car ce document est stipulé confidentiel. Ah. Bref, argent reçu (j’aurais dû être plus exigeant que le montant en cause, au centime près, après tout j’ai déboursé bien des euros en courriers recommandés et appels surtaxés), mais bon les principes sont saufs. Les gentils gagnent. Pfiouh, tout ça pour ça.

Conclusions:

  • Quel que soit le nombre de lettres recommandées que vous envoyez, et malgré toutes les pubs qui disent le contraire, vous ne serez jamais qu’un numéro pour votre opérateur. Pareil pour les sociétés de recouvrement (pour celle qui fut en cause dans mon cas, vue la façon dont ils parlent aux clients, je me demande s’il ne vaut pas mieux le silence d’O*). Pourquoi ai-je été assez bête pour penser qu’O* puisse me traiter comme un humain innocent jusqu’à preuve du contraire ?
  • La justice française (tribunal d’instance) marche plutôt bien pour ce genre de cas. Ils sont cordiaux, efficaces, et pas si lents que cela. Il ne faut pas hésiter. J’aurais dû le faire plus tôt.
  • Il faut commencer à parler procès pour se faire entendre (en tant que client) de ce genre de grande entreprise.
  • La procédure est, au total, suffisamment longue pour en décourager beaucoup (et les opérateurs misent à coup sûr là-dessus).

Voilà voilà, procédure longue et ennuyeuse. Je vous avais prévenus. Mais j’espère que cela pourra servir à certains.

Idée citoyenne “rêvons un peu” #1: liste des autorisations de prélèvement

Chaque banque devrait avoir l’obligation (loi) de fournir gratuitement à chaque titulaire de compte la liste des organismes qui bénéficient d’une autorisation de prélèvement sur ce compte, ainsi que de fournir gratuitement la possibilité de révoquer (comme d’ajouter) l’un ou plusieurs de ces bénéficiaires immédiatement.  Il me semble qu’actuellement (selon les banques) la suppression d’un bénéficiaire (qui est assimilé à une “opposition”) n’est pas simple à faire et peut être payante.

Dans l’idéal tout cela se ferait via une interface web sécurisée accessible à toute heure.

Rémunérer le vote et accélérer le passage au vote numérique

Rémunérer le vote et accélérer le passage au vote numérique
Une proposition très simple pour réduire l’abstention et tenter de faire en sorte que la démocratie représentative soit représentative de tout le monde.
* Calculer une moyenne sur cinq ans du nombre moyen d’élections/consultations par an.
* Majorer la facture annuelle de l’impôt sur le revenu, pour chaque personne, de ce montant multiplié par 10 euros (pour une élection par an, de 10 euros, donc, ou 8 euros pour 4 élections tous les 5 ans).
* Rendre l’inscription sur les listes électorales obligatoire pour obtenir le renouvellement des pièces d’identité, passé l’âge minimum pour voter (mesure qui pourrait être intéressante indépendamment du reste). Cette inscription doit pouvoir se faire facilement par internet ou par courrier si ce n’est pas déjà le cas.
* Chaque vote d’un citoyen aux deux tours (ou à un tour unique) lui rapporte 10 euros sous la forme de la suppression de cet impôt supplémentaire (ou sous une autre forme). Le vote donne droit à délivrance d’un certificat (numérique dans le cas d’un vote par internet) qui peut servir de preuve. Le vote blanc est bien sûr parfaitement valide dans ce cadre.
* Pour un peu plus de tolérance, autoriser par exemple chaque électeur à “passer” un (ou deux) tour(s) d’élection tous les cinq ans sans payer les 10 euros d’impôts.
* Mettre en place le vote numérique afin de faciliter la procédure, en particulier pour les expatriés et personnes à mobilité réduite (les impôts se déclarent déjà de cette manière, le système d’identification semble bien rôdé). À défaut (ou en outre), faciliter les procédures de vote par procuration. Envisager éventuellement une subvention pour payer l’accès à internet des personnes aux revenus les plus faibles qui vivent loin de leur lieu de vote (mesure qui serait intéressante indépendamment du reste).
Résultat: aucune différence pour les citoyens qui votent déjà, petite pénalité (et petite recette supplémentaire pour l’État) pour les non-votants. Taux de participation minimal à chaque élection: environ 80%. Réduction du nombre de votants potentiels mais non inscrits sur les listes électorales. Les businessmen surchargés de travail qui n’ont pas le temps d’aller voter le dimanche pourront considérer cet impôt comme un “achat du droit de ne pas voter” — businessmen pour lesquels 10 euros par an sont absolument négligeables.

Une proposition très simple pour réduire l’abstention et tenter de faire en sorte que la démocratie représentative soit représentative de tout le monde.

* Calculer une moyenne sur cinq ans du nombre moyen d’élections/consultations par an.

* Majorer la facture annuelle de l’impôt sur le revenu, pour chaque personne, de ce montant multiplié par 10 euros (pour une élection par an, de 10 euros, donc, ou 8 euros pour 4 élections tous les 5 ans).

* Rendre l’inscription sur les listes électorales obligatoire pour obtenir le renouvellement des pièces d’identité, passé l’âge minimum pour voter (mesure qui pourrait être intéressante indépendamment du reste). Cette inscription doit pouvoir se faire facilement par internet ou par courrier si ce n’est pas déjà le cas.

* Chaque vote d’un citoyen aux deux tours (ou à un tour unique) lui rapporte 10 euros sous la forme de la suppression de cet impôt supplémentaire (ou sous une autre forme). On peut sans doute laisser de côté les citoyens français payant leurs impôts à l’étranger (nombre négligeable). Le vote donne droit à délivrance d’un certificat (numérique dans le cas d’un vote par internet) qui peut servir de preuve. Le vote blanc est bien sûr parfaitement valide dans ce cadre.

* Pour un peu plus de tolérance, autoriser par exemple chaque électeur à “passer” un (ou deux) tour(s) d’élection tous les cinq ans sans payer les 10 euros d’impôts.

* Mettre en place le vote numérique afin de faciliter la procédure, en particulier pour les expatriés et personnes à mobilité réduite (les impôts se déclarent déjà de cette manière, le système d’identification semble bien rôdé). À défaut (ou en outre), faciliter les procédures de vote par procuration. Envisager éventuellement une subvention pour payer l’accès à internet des personnes aux revenus les plus faibles qui vivent loin de leur lieu de vote (mesure qui serait intéressante indépendamment du reste).

Résultat: aucune différence pour les citoyens qui votent déjà, petite pénalité (et petite recette supplémentaire pour l’État) pour les non-votants. Taux de participation minimal à chaque élection: environ 80%. Réduction du nombre de votants potentiels mais non inscrits sur les listes électorales. Les businessmen surchargés de travail qui n’ont pas le temps d’aller voter le dimanche pourront considérer cet impôt comme un “achat du droit de ne pas voter” — businessmen pour lesquels 10 euros par an sont absolument négligeables.

Ce genre de changement serait-il totalement inapplicable ?

“À la fin de votre message…”

“… vous pourrez le modifier en tapant 1”.

Combien de millions d’euros ces petites phrases qui prolongent la communication ont-elles fait gagner aux opérateurs téléphoniques mobiles ?

S’ils avaient ne serait-ce que le moindre petit soupçon d’honnêteté, ne devraient-ils pas étudier les statistiques d’utilisation de cette fonction (ré-enregistrement du message), se rendre compte que seuls quelques pourcents de clients l’utilisent (au mieux !) et cesser de faire payer les quatre-vingt-dix-et-quelques pourcents d’autres ? Je rêve, sans doute.

À quand une pétition ? Un boycott ? Google Voice, Free, dépêchez-vous !

Intéressant état intermédiaire des guichets RATP

Le mouvement d’ensemble qui vise (je suppose) à long terme à supprimer les guichets avec des vrais gens dedans pour les remplacer par des automates me semble tout à fait justifié et dans l’air du temps.

Cependant l’état intermédiaire (entre tout manuel et tout automatique) de nombre de stations de métro la RATP à Paris laisse parfois perplexe devant certaines situations.

Par exemple, vu la semaine dernière dans une station de métro du quartier latin : un agent de la RATP s’ennuie à mourir dans son guichet “Informations”, et une file d’attente de 5 personnes serpente devant l’unique automate. Une cliente veut acheter des billets, s’adresse à l’agent, qui le renvoie gentiment vers l’automate et sa file d’attente (vous comprenez Madame, mon guichet c’est juste pour les renseignements) avant de retourner se tourner les pouces.

Le pire est, j’imagine, que même si l’agent voulait avec la meilleure volonté du monde débloquer la file et vendre des tickets lui-même, il ne pourrait pas parce que son guichet n’est pas équipé pour.

Donc encore une fois, je comprends le mouvement global, mais cet état intermédiaire laisse un peu perplexe. À moins que je n’aie rien compris et que payer des agents pour s’ennuyer 80% de leur temps soit une fin en soi. Remarquez, j’adorerais un job comme ça, je pourrais lire bien davantage que je ne le peux maintenant !

La taxe carbone ne taxe que ceux qui produisent du CO2, ah ben zut alors.

Entendu à la radio ce matin : la taxe carbone est jugée injuste car elle pénaliserait le travailleur au SMIC qui prend sa voiture tous les matins, et pas le bo-bo parisien qui se déplace en vélo.

La belle affaire ! Je ne crois pas que cette taxe ait été conçue pour être progressive en fonction des revenus comme une grande partie des impôts, mais pour s’appliquer en fonction de la production… de dioxyde de carbone (ou plus géneralement de gaz à effet de serre). Comme son nom l’indique.

Aider les travailleurs plus modestes financièrement lorsqu’ils ne peuvent pas se passer de leur voiture pour travailler, cela serait sûrement un bonne chose. Les aider à moins consommer de pétrole en subventionnant des voitures électriques, cela serait encore mieux.

Mais si on ne commence pas à taxer les énergies fossiles très sérieusement, ce qu’on va se prendre en plein face dans les prochaines décennies c’est une hausse vertigineuse et naturelle du prix du pétrole qui, par essence (passez-moi l’expression), n’a rien d’égalitaire.

Un blog en français, môôssieur

Mon envie occasionnelle d’écrire des billets qui intéresseraient uniquement un public français sur mon blog anglais a finalement vaincu mon auto-censure qui m’a, à chaque fois, empêché de le faire.

Désormais, faites péter les accents circonflexes, les cédilles et l’imparfait du subjonctif, ça va franchouiller dans les chaumières.